13 novembre 2007
Nostalgie...
En sortant du boulot tout à l'heure, je croise la manif' etudiante. Me voilà replongé deux ans en arrière dans les cortèges et les AG, tenaillé par cette question, chaque jour, chaque vote : tiendrons-nous ? Poussés par les autres, ceux qui n'avaient pas fait d'études, ceux qui allaient être touchés en premier, à se battre dans la rue. Avides de réactions des politiques en place. Revigorés par le soutien des syndicats professionnels. Et tellement fiers d'avoir pu résister au final.
Le temps de marcher un peu à leurs cotés. Se souvenir qu'ils n'ont rien à perdre...
Demain les cheminots entrent dans la danse. Essayer d'expliquer que ce n'est pas en regardant ceux que l'on croit en haut comme des privilégiés qu'il faut faire redescendre que l'on avance...
A ce propos, je n'ai toujours pas décidé de ce que je fais le 20. Oui, votre serviteur fait partie des cinq millions de privilégiés soutiers au service du public.
Comment ça on comprend mieux d'où il parle, l'asticot ?-)
Allez, je vous laisse avec ce morceau de tribune, parue dans un Monde de Septembre dernier :
L'intérêt général est en France une catégorie noble, éminente,
distincte de la somme des intérêts particuliers. Il s'ensuit une
distinction franche entre le public et le privé, que matérialise dans
notre pays un service public important, fondé sur des principes
spécifiques (égalité, continuité, adaptabilité, laïcité), et une
fonction publique qui en est le coeur.
C'est dans cet esprit qu'a été
élaboré à la Libération le premier statut général des fonctionnaires
démocratiques, institué par la loi du 19 octobre 1946, et qu'a été mise
sur pied en 1983-1984 une fonction publique « à trois versants »
(Etat, Collectivités Territoriales, Etablissements Publics Hospitaliers) faisant relever du statut général 5,2 millions d'agents publics, soit près du quart de la population active, placés, en raison de leur service d'intérêt général, dans une position statutaire, règlementaire et non contractuelle.
Trois principes ont présidés à cette construction. Le principe d'égalité, fondé sur l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "Tous les citoyens étant égaux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celel de leurs vertus et de leurs talents." Nous en avons déduits que seul le concours permet, en droit, d'assurer l'égalité d'accès des citoyens à la fonction publique.
Le principe d'indépendance, conduisant à distinguer le grade, propriété du fonctionnaire, de l'emploi, à la disposition de l'administration, afin de protéger l'agent public (et par là le service de l'intéret général) de l'arbitraire administratif et des pressions politiques partisanes. [...]
Le principe de responsabilité, fondé lui aussi sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui dispose, en son article 15 que "la société à le droit de demander compte à tout agent public de son administration". Il s'ensuit que le fonctionnaire, parce qu'il est soumis à cette obligation de service du bien commun doit avoir la plénitude des droits et devoirs du citoyen, et non être regardé comme le sujet du pouvoir politique ou le rouage impersonnel de la machine administrative.
C'est cette histoire et cette conception française du service public et de la fonction publique qui fait qu'en France la corruption y est réduite à l'extrème et que son efficacité est reconnue dans le monde. Le Président de la République, à l'évidence dépourvu de cette culture, à entrepris de la mettre à bas.
Anicet le Pors, ancien Ministre de la Fonction Pulbique et des réformes administratives (1981-1984)
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